Les années 2010 sont sans doute la décennie la plus mouvementée de la musique française moderne. En dix ans, le paysage sonore de la France s'est métamorphosé : la variété pop des débuts a cédé le terrain à un rap devenu roi, l'électro tricolore a conquis la planète, et l'arrivée du streaming a fait exploser les codes de ce qu'on appelle un « tube ». Cette page raconte cette décennie — et vous propose de la rejouer en blind test, un extrait de 30 secondes à la fois.
Une décennie qui commence en dansant
La décennie s'ouvre sur un tube inattendu : « Alors on danse » du Belge Stromae, phénomène francophone de 2010 qui annonce déjà le mariage entre mélancolie des textes et énergie électronique. Dans la foulée, Zaz impose sa gouaille avec « Je veux », preuve qu'une chanson française à l'ancienne peut encore rassembler toutes les générations.
Au même moment, la variété reste solide grâce à des artistes installés — M. Pokora, Christophe Maé, Zaz — mais quelque chose se prépare en coulisses. Les collectifs de rap, longtemps cantonnés aux marges des classements, s'apprêtent à prendre le pouvoir. Sexion d'Assaut signe avec « Désolé » l'un des premiers signaux forts de ce basculement.
Le sacre de Stromae et de la pop d'auteur
Impossible de résumer les années 2010 françaises sans Stromae. Son album « Racine carrée » (2013) est un séisme : « Papaoutai » et « Formidable » transforment des sujets graves — l'absence du père, la rupture — en tubes universels portés par des clips devenus cultes. Stromae prouve qu'on peut être numéro un des ventes et un auteur exigeant.
Dans son sillage, une génération de la pop d'auteur française s'affirme. Christine and the Queens (Héloïse Letissier) impose avec « Christine » et l'album « Chaleur humaine » (2014) une esthétique nouvelle, à la fois pop, queer et scénique, qui s'exportera jusqu'aux États-Unis. Julien Doré affine son écriture avec « Paris-Seychelles », tandis qu'Indila signe avec « Dernière danse » (2014) l'un des plus gros succès mondiaux de la chanson française de la décennie.
Le rap français prend le pouvoir
C'est la grande histoire des années 2010 : le rap français cesse d'être une niche pour devenir le genre dominant des classements. Maître Gims, sorti de Sexion d'Assaut, enchaîne les cartons en solo avec « Bella » puis « Sapés comme jamais », brouillant les frontières entre rap, pop et variété.
La deuxième moitié de la décennie voit émerger une vague d'artistes qui redéfinissent le genre : PNL et son univers planant (« Le Monde Chico », « Onizuka »), Nekfeu et son écriture ciselée, Orelsan qui rafle les récompenses avec « La fête est finie » (2017), mais aussi Jul, Booba, Damso ou Vald. Le rap devient le langage musical par défaut d'une génération — et, mécaniquement, le grand pourvoyeur de hits des plateformes.
La France qui s'exporte : électro et culture club
Pendant que le rap conquiert l'Hexagone, la French touch conquiert le monde. David Guetta devient l'un des DJ les plus écoutés de la planète avec « Titanium » ou « Without You », exportant un son club estampillé France jusqu'au sommet des charts américains.
Le sommet symbolique, c'est le retour de Daft Punk en 2013 : l'album « Random Access Memories » et son single « Get Lucky » raflent tout, Grammy Awards compris. Jamais la musique française n'avait paru aussi centrale dans la pop mondiale. Cette électro-pop irrigue toute la décennie et influence la production des tubes hexagonaux.
Télé-crochets, streaming et nouvelles stars
Les années 2010 sont aussi celles des télé-crochets qui fabriquent des stars express. The Voice révèle Kendji Girac (« Andalouse », « Color Gitano ») et Louane, propulsée par le film « La Famille Bélier » (2014) et ses titres « Jour 1 » et « Avenir ». L'Eurovision offre à Amir un tube fédérateur avec « J'ai cherché » (2016).
Mais la vraie révolution est invisible : le streaming. Deezer — société française — puis Spotify bouleversent la façon de mesurer un succès. On ne compte plus les disques vendus, on compte les écoutes. Ce changement favorise le rap et les musiques urbaines, et rebat entièrement les cartes des classements de fin de décennie.
La fin de décennie : une nouvelle génération
Les dernières années 2010 annoncent déjà la suite. Angèle explose avec l'album « Brol » (2018) et « Balance ton quoi », tandis qu'Aya Nakamura devient avec « Djadja » (2018) l'artiste féminine francophone la plus streamée au monde, exportant l'argot et les sonorités françaises bien au-delà des frontières. Vianney, Slimane, Vitaa ou Clara Luciani complètent un tableau où pop, chanson et musiques urbaines cohabitent désormais sans hiérarchie.
Prêt à retrouver ces titres à l'oreille ?
De « Alors on danse » à « Djadja », ces hits ont bercé toute une décennie. Les reconnaîtrez-vous en 30 secondes ? Lancez le blind test des hits français des années 2010 : un extrait, un titre, un artiste à retrouver — et votre score à battre.